L’Ordre du jour, d’Eric Vuillard

L’Ordre du jour, d’Eric Vuillard

 

Ce bref récit historique, Prix Goncourt 2017, m’avait un peu échappé. J’avoue. Je ne suis pas fervente de ce genre littéraire, d’habitude. Mais je dois dire que la façon d’aborder cette période de la montée du nazisme est vraiment originale. Et pas besoin d’être un historien pour le suivre. Éventuellement, un coup d’œil sur Wikipédia fera l’affaire. Ce récit est puissant, percutant, brillant. L’auteur nous invite dans les coulisses de l’histoire et nous montre en seulement 160 pages comment « Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas ».

Eric Vuillard aime comparer l’histoire à un grand théâtre. Et la scène qu’il nous expose est digne des plus grandes tragédies où les forces du destin conduisent les hommes malgré eux vers les abimes.  

Le récit se passe bien avant la guerre puisqu’il couvre les périodes de 1933 à 1938. Nous entrons dans l’envers de l’histoire et découvrons la genèse des décisions qui ont changé la face du monde.

Le premier acte est une réunion, le 20 février 1933, des plus grands industriels allemands, les Krupp, Opel, Siemens et c°. Réunion organisée par Hitler et Göring pour leur soutirer de quoi financer sa campagne électorale en échange d’une plus grande marge de manœuvre dans leur entreprise (éloignement des communistes, suppression des syndicats).

Vient ensuite, une scène d’anthologie entre Hitler et le dictateur autrichien Schuschnigg qui arrive en tenue de ski pour passer inaperçu, avant de se rendre compte qu’il est tombé dans un piège destiné à lui faire abandonner sa patrie aux mains du IIIème Reich.

Puis le troisième acte celui de L’Anschluss en 1938, c.-à-d. l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie et cette ridicule panne des tanks à la frontière autrichienne. Hitler coincée dans sa Mercedes fulmine.

Beaucoup d’humour et de dérision dans ce récit, ce qui le rend plus terrifiant encore. Quand le pire côtoie le burlesque un étrange sentiment de dégoût peut saisir le lecteur en réalisant la banalité des décisions aux conséquences tragiques.

Les décideurs n’ont pas toujours une éthique à la hauteur de leurs responsabilités. Ils sont les rouages  d’un engrenage bien huilé, fait d’aveuglements et de compromissions. Le scénario du pire se profile sans bruit, silencieux, entre les volutes de cigares et les poignées de main.

Un récit brillant, parfaitement maitrisé, caustique à souhait et d’une incroyable densité malgré la brièveté du texte.

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